Une société israélienne a tenté de salir la réputation du Premier ministre écossais John Swinney pendant la campagne électorale. L'affaire a éclaté grâce à une agence française. Elle révèle un marché opaque de l'influence numérique qui menace les démocraties. Le scandale dépasse largement les frontières de l'Écosse.
BlackCore : la machine qui a voulu briser John Swinney
BlackCore se présentait comme une entreprise d'élite en influence et en cyber. Elle promettait de « façonner les récits » pour des gouvernements et des campagnes politiques. La réalité est bien plus sombre. Selon l'agence française Viginum, cette société a orchestré une opération de déstabilisation contre John Swinney, leader du SNP et Premier ministre écossais.
Les faits sont troublants. Entre le 6 janvier et le 8 mai 2026, des comptes inauthentiques ont inondé les publications de Swinney. Ils ont aussi ciblé le compte du SNP et celui du gouvernement écossais. 256 comptes ont généré près de 1 400 commentaires coordonnés. Swinney a réagi avec gravité. Il a qualifié ces révélations de « profondément préoccupantes ».
Mais qui se cache derrière BlackCore ? L'entreprise a effacé toute trace numérique après les révélations de Reuters. Son existence juridique reste floue. Elle appartiendrait à un écosystème de sociétés cyber israéliennes gravitant autour de Yigal Unna, ancien responsable de l'Unité 8200 de l'armée israélienne. Ce nom ouvre une piste vers des réseaux bien plus vastes.
256 faux comptes, 1 400 commentaires : la mécanique de l'ombre
La technique employée par BlackCore ne repose pas sur des mensonges élaborés. Elle mise sur la saturation et l'amplification artificielle. Des comptes automatisés ou semi-automatisés publient des commentaires en rafale. Le but ? Créer une illusion de contestation massive. Démoraliser la cible. Polluer le débat public.
Le SNP a confirmé avoir remarqué un niveau « sans précédent » de réactions négatives. Ces commentaires provenaient de comptes « qui semblaient être des bots générés par IA ». La répartition des attaques est précise : 652 commentaires sur le compte personnel de Swinney, 338 sur celui du SNP, et 112 sur celui du gouvernement écossais. Cette coordination millimétrée trahit une opération professionnelle, pas une colère spontanée.
Viginum n'a pas pu identifier les commanditaires. « Nos enquêtes n'ont pas permis d'identifier le ou les commanditaires, si tant est qu'ils existent », a déclaré le chef de l'agence, Marc-Antoine Brillant. BlackCore agissait comme un prestataire. Son client reste dans l'ombre. Cette opacité est au cœur du modèle économique de ces sociétés de l'ombre.
Pourquoi Swinney ? Le prix de la critique de Gaza
John Swinney n'a pas été choisi au hasard. Le Premier ministre écossais a adopté une position rare en Europe. Il a qualifié la situation à Gaza de « catastrophe humanitaire causée par l'homme ». Il a évoqué la possibilité d'un génocide en cours. Ces mots ont un prix. Ils expliquent probablement le ciblage.
Le lien entre les critiques de Swinney et l'attaque numérique n'est pas formellement prouvé. Mais il constitue l'hypothèse la plus solide. BlackCore a aussi ciblé des candidats français de La France Insoumise (LFI). Ces derniers avaient en commun leurs positions pro-palestiniennes. À New York, l'opération a visé l'élection de Zohran Mamdani, un candidat également critique d'Israël. Le schéma se répète. Les voix dissonantes sont les cibles.
Le gouvernement israélien a nié toute intention d'ingérence. L'ambassade à Paris a affirmé attendre les détails de l'enquête française. Mais la question diplomatique est posée. La France a officiellement demandé des explications à Israël. Paris a aussi sollicité son aide pour identifier les commanditaires. Une demande qui ressemble à un test de bonne foi.
Une ingérence qui dépasse l'Écosse : France, New York, Afrique
L'affaire écossaise n'est qu'une pièce d'un puzzle bien plus vaste. Viginum a documenté le mode opératoire transnational de BlackCore. La société a opéré en France, à New York, en Angola et au Togo. Les mêmes méthodes reviennent. Faux comptes. Coordination. Amplification.
En France, l'opération portait un nom : « Rokh Solis ». Elle a ciblé trois candidats LFI aux municipales de mars 2026. Des accusations de viol et de pédocriminalité ont été diffusées. Un faux site de consignes de vote a été créé pour attribuer à LFI des positions favorables à la charia. Le parquet de Paris a ouvert une enquête. Plusieurs plaintes ont été déposées. L'ingérence numérique est devenue une affaire judiciaire.
Cette affaire révèle une privatisation de l'ingérence. Des États ou des entités privées achètent des services d'influence clés en main. Le prestataire brouille les pistes. Le commanditaire reste invisible. Cette externalisation pose un défi aux régulations traditionnelles. Comment sanctionner une opération quand on ignore qui l'a payée ?
Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a tiré la sonnette d'alarme. Selon lui, les six scrutins surveillés depuis 2021 ont tous fait l'objet de tentatives d'ingérence. L'élection présidentielle de 2027 est déjà dans le viseur. La France étudie des procédures judiciaires d'urgence. L'Écosse, elle, attend que le gouvernement britannique prenne la mesure de la menace. Swinney a appelé Londres à faire de la lutte contre l'ingérence étrangère une « priorité bien plus élevée ».
FAQ : ce que l'on sait vraiment de BlackCore et de l'ingérence numérique
Qu'est-ce que BlackCore exactement ?
BlackCore est une société israélienne qui se présentait comme une entreprise d'influence et de cyber. Elle proposait de « façonner les récits » pour des clients politiques. Son existence juridique n'a pas été établie. Elle a supprimé toute présence en ligne après les révélations.
John Swinney a-t-il été « détruit » par cette campagne ?
Non. Aucune source ne confirme une destruction de sa réputation. L'opération visait à polluer ses publications et à démoraliser son camp. Swinney a été réélu. Le SNP a remporté les élections écossaises en mai 2026. L'impact électoral direct semble limité. Mais l'objectif était peut-être ailleurs : semer le doute, épuiser, intimider.
Qui a commandité BlackCore ?
Personne ne le sait officiellement. Viginum affirme ne pas avoir identifié les commanditaires. BlackCore était un prestataire. Son client reste inconnu. Cette opacité est le cœur du problème.
Pourquoi la France a-t-elle révélé l'affaire ?
Viginum enquêtait sur l'ingérence dans les municipales françaises. En remontant les traces techniques, l'agence a découvert le lien avec l'Écosse, New York et l'Afrique. L'enquête française a exposé un réseau mondial.
Ces sociétés d'influence sont-elles légales ?
La question est complexe. Vendre des services d'influence n'est pas illégal en soi. Mais la création de faux comptes, la diffusion de fausses accusations et la manipulation coordonnée peuvent tomber sous le coup de la loi. En France, une enquête a été ouverte pour « ingérence étrangère » et « diffusion de fausses nouvelles ». Le cadre juridique reste fragile face à ces acteurs transnationaux.
Comment se protéger de ce type de manipulation ?
La vigilance collective est essentielle. Les plateformes doivent mieux détecter les réseaux de comptes inauthentiques. Les États doivent coopérer pour identifier les commanditaires. Les citoyens doivent se méfier des soudains pics de commentaires agressifs et coordonnés. La démocratie se défend aussi dans les fils de commentaires.
