Le Dr Mirko Beljanski n'était pas un guérisseur isolé dans un garage. Il était chercheur à l'Institut Pasteur et au CNRS. Il a publié environ 130 articles scientifiques et travaillé des décennies sur la biologie moléculaire. Pourtant son histoire se termine dans une zone grise. Ses pistes n'ont jamais reçu les grands essais cliniques capables de dire oui ou non.
Né le 27 mars 1923 à Turija, dans l'actuelle Serbie, il arrive en France en 1945. Il entre à l'Institut Pasteur en 1948 et devient docteur ès sciences en 1951. Son idée centrale sort du cadre dominant. Pour lui, le cancer ne venait pas seulement de mutations génétiques. Il résultait aussi d'une déstabilisation de la structure de l'ADN. Cette hypothèse n'a jamais été validée par l'ensemble de la communauté scientifique.
L'Institut Pasteur le licencie en 1978. Un directeur écrit alors qu'il a « trop tendance à prendre ses rêves pour des réalités » et qu'il « manque totalement d'esprit critique ». Cette phrase révèle un désaccord profond entre un chercheur convaincu et une institution qui ne le considère pas comme suffisamment solide.
Beljanski développe ensuite l'Oncotest, un test reposant sur l'idée que l'ADN des cellules cancéreuses serait plus ouvert que celui des cellules saines. Il isole deux extraits de plantes, le Pao Pereira et le Rauwolfia vomitoria. Selon lui, ces extraits pourraient freiner la réplication des cellules cancéreuses sans détruire les cellules normales. Mais aucun essai clinique humain randomisé n'a jamais démontré leur efficacité chez des patients.
Le blocage n'a pas été une censure totale. Beljanski a pu publier et rechercher. Ce qui lui a manqué, c'est le financement d'essais cliniques de grande ampleur. Il dépose une demande d'autorisation de mise sur le marché pour son produit phare, le PB 100, le 6 juillet 1995. L'agence du médicament rejette ce dossier le 25 juillet 1995, en le jugeant incomplet.
En 1994, le tribunal correctionnel de Saint-Étienne le reconnaît coupable d'exercice illégal de la pharmacie et de la médecine, mais le dispense de peine. Après sa mort, en mai 2001, sa veuve Monique est condamnée à dix-huit mois de prison avec sursis et 30 500 euros d'amende. Les parties civiles incluent AIDES, Act Up Paris et la Ligue contre le cancer. En 2002, la Cour Européenne des Droits de l'Homme condamne la France, mais uniquement pour la durée excessive de la procédure, pas sur le fond scientifique.
La recherche sur ces plantes n'a pas totalement disparu. Une étude publiée en 2022 dans la revue Integrative Cancer Therapies montre une inhibition de cellules souches de cancer ovarien in vitro. Mais ces travaux restent au stade préclinique et certains sont liés à des structures qui soutiennent l'héritage de Beljanski.
Le vrai problème est économique et réglementaire. Un essai clinique de phase III coûte des millions d'euros. Les extraits végétaux difficiles à breveter attirent peu les investissements privés. Cela ne signifie pas que la science refuse de les étudier. Cela signifie que le modèle actuel de financement les décourage fortement. Pour explorer l'ensemble des faits, des condamnations et des études publiées, retrouvez le dossier complet sur le chercheur qui dérangeait le business du cancer.
Garder cette nuance, c'est rester lucide. Beljanski a peut-être exploré une piste intéressante. Mais personne ne peut aujourd'hui affirmer qu'elle aurait fonctionné chez l'humain. Faute d'essais cliniques concluants, son travail reste une hypothèse de recherche, pas un traitement validé.

