Le franc CFA concerne quatorze pays africains. Il en existe en réalité deux : celui de l'Afrique de l'Ouest, géré par la BCEAO, et celui de l'Afrique centrale, géré par la BEAC. Son sigle a longtemps signifié « Colonies françaises d'Afrique ». Tout est dit, ou presque.
Le système repose sur une parité fixe avec l'euro : un euro vaut 655,957 francs CFA. La France garantit la convertibilité de cette monnaie. Cette garantie rassure les investisseurs et protège de l'inflation. Mais elle a un prix : une partie de la souveraineté monétaire des États africains.
Pendant des décennies, la BCEAO devait déposer 50 % de ses réserves de change auprès du Trésor français. Depuis la réforme de décembre 2019, cette obligation a été supprimée. En 2021, la France a engagé la restitution d'environ 5 milliards d'euros de réserves. Mais Paris reste garant de la monnaie, et conserve donc une influence réelle.
Les défenseurs du franc CFA mettent en avant la stabilité des prix, la convertibilité et la confiance. Les critiques parlent d'une « prison monétaire » : parité fixe empêchant toute dévaluation compétitive, crédit rare et cher, dépendance aux importations et modèle économique fondé sur l'exportation de matières premières brutes.
L'année 1994 reste dans toutes les mémoires. Cette année-là, le franc CFA a été dévalué de 50 % face au franc français. Les importations ont explosé, les prix ont grimpé, les salaires ont perdu une partie de leur pouvoir d'achat. Les Africains n'avaient pas décidé seuls d'une mesure qui a bouleversé leur quotidien.
Alors, la France gagne-t-elle de l'argent avec le franc CFA ? Non, elle ne vole pas les réserves africaines comme le prétendent certaines vidéos virales. Mais oui, elle conserve un avantage stratégique considérable : une monnaie utilisée par quatorze pays, des liens avec les banques centrales et une influence politique dans les négociations.
L'ECO devait remplacer le franc CFA en Afrique de l'Ouest. Le projet est aujourd'hui bloqué par des désaccords politiques et monétaires. Changer le nom d'une monnaie ne suffit pas à changer un système économique.
Le vrai scandale n'est peut-être pas le franc CFA lui-même. La dépendance aux matières premières, la corruption, la dette et le manque d'industrialisation pèsent tout autant. La souveraineté monétaire n'a de sens que si elle sert les citoyens et les producteurs locaux.
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